Georges Mak - Créateur 

Enfant aux yeux marrons grands ouverts sur le monde, les pieds solidement ancrés dans sa terre natale d’Orient, mais le visage levé vers l’horizon azur de Beyrouth, Georges Makaroun est fasciné par l’incessant ballet des avions dans le ciel agité du Liban, aux heures noires de la guerre. Il rêve alors de formes parfaites, aériennes, de lignes architecturales, de souplesse, de liberté de mouvement et de confiance en soi...Il souhaite apprendre à fabriquer des « as de l’air » qui tutoieraient des cieux sans nuage.

Dans l’atelier de couture de sa mère où robes du soir et de mariées aux riches étoffes naissent sous les doigts agiles maternels, le petit garçon n’hésite pas à donner son avis sur la forme d’un modèle ou le tombé d’un tissu ! Sa maman et les clientes l’écoutent car ce ne sont pas les critiques d’un garnement mais les remarques avisées d’un futur couturier...mais il ne le sait pas encore. Seules l’aviation et l’architecture le passionnent : la légèreté, la rapidité, la maîtrise des pleins et des creux, des volumes, des ornements et de la sobriété qui se mélangent et s’épousent à la perfection

Après six mois d’études d’architecture à l’université, une fée apparaît au bon moment pour bouleverser le destin hors-norme de Georges Mak ! Cette fée? Une amie qui lui propose, suprême honneur, d’assister au défilé du grand couturier Yves Saint Laurent. Durant l’instant de grâce d’une chorégraphie de soie, de dentelle, de taffetas dans une palette de couleurs éclatantes que n’aurait pas renié un impressionniste, des mannequins au port altier, au regard fier et à la démarche conquérante, Georges Mak sait que les avions resteront dans le ciel de son enfance : désormais c’est à la mode qu’il décide de consacrer toute sa passion, son énergie et sa fougue créatrice ! Fort de cette révélation, il s’inscrit à ESMOD Paris où avant d’obtenir son diplôme de couture, il suit les cours de lingerie qui le guideront vers sa botte secrète : le corset !

Sublimer la femme devient son credo ( à travers sa marque Georges Mak créée en 2009 à Paris) : mais la rendre divinement belle ne lui suffit pas, car pour lui magnifier une femme signifie la rendre libre de ses mouvements, confiante, sûre d’elle, quelque soit son corps, sa morphologie : « quand je regarde une femme je ne vois pas les défauts qu’elle voit. Je devine comment elle va être dans l’une de mes créations. Je sais cela tout de suite, de même quand je dessine c’est ma vision architecturale qui va me faire voir si je peux ou non réaliser un modèle. Je dessine et je réalise en même temps la robe dans ma tête ». Ainsi, chez la longiligne créature aux attaches délicates, la voluptueuse aux formes généreuses ou encore chez celle qui dépasse au regard sévère de la mode la taille requise pour porter de la couture, Georges Mak ne voit aucune fausse note qui viendrait troubler la partition de leur beauté : il les regarde sans les juger devinant en un instant laquelle de ses merveilles d’étoffes saura les idéaliser.

Afin de transcender chaque courbe du corps féminin et atteindre son rêve de rendre époustouflants de perfection ces trésors de grâce, le couturier franco-libanais, à travers son approche très personnelle du corset, a réussi son pari en faisant de cette pièce de lingerie sa baguette magique : « cette structure de 300 grammes permet à la femme de se sentir classe, à l’aise, en sécurité et lorsqu’on se sent en sécurité, on peut se sublimer, se sentir féminine, être soi ». Une prouesse obtenue par la technique du moulage qui ne se perpétue que dans l’univers de la couture sur-mesure : une seconde peau qui épouse à la perfection les moindres contours du buste. S’il est insoupçonnable, l’éblouissante silhouette qui porte la robe, marquera sans nul doute les esprits ! Par dessus ce corset de soie aux souples armatures vient se poser comme un souffle, dentelle, soie, taffetas, broderies précieusement ouvragées.

Mais Georges Mak joue aussi, avec une rare virtuosité, la partition de la dualité dont il a fait l’un de ses thèmes de prédilection : tantôt passive mais jamais soumise, tantôt active, superbe prédatrice au charme ravageur quand la douce lionne se mue en tigresse, la femme romanesque admirée par ce talentueux et généreux créateur est aérienne, légère, virevoltante, séduisante et élégante. C’est une amazone aussi tendre qu’intrépide aussi courageuse que sensible parée de ce joyau d’étoffe qui suit, tel un danseur invisible, chacun de ses mouvements tantôt dans une valse céleste, mélange de langueur, d’abandon maitrisé, de sensuel romantisme. Tantôt dans un tango aux déhanchés enfiévrés. N’entendez-vous pas battre le coeur de cette femme, ivre du bonheur de se sentir, le temps d’une soirée inoubliable, telle une princesse ?

Et pour cette femme, il a crée sa version de l’iconique smoking d’Yves Saint Laurent. Architectural, taillé comme celui d’un homme, il est aussi un concentré du style de ce créateur pour lequel la mode est bien plus qu’une histoire de matières précieuses et de coupes : « la mode c’est un rêve car si on ne rêve pas, on ne vit pas ! ».

Assurément, avec ses robes aux tissus les plus nobles, souvent brodés de perles, de cristaux de Swarovski, nos vies ont des allures de songes éveillés !

Rédactrice: Séverine Hartenstein

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